05/02/2008

ALBUM REVIEW (**1/2) - James Deano "Le fils du commissaire" (Because, 2008)

900300Rapidement, quelques lignes sur cet album "tant attendu" de la part d'un des seuls représentants du rap belge susceptible (avec OPAK) de faire entendre parler de lui en dehors d'une scène hip-hop bruxelloise plutôt stagnante ces dernières années. Je rédige cette chronique dans le seul but de nuancer les propos des PRO-James Deano, comme des ANTI-James Deano. Les premiers font de Deano leur chouchou, une coqueluche belge de plus. Ils le trouvent trop drôle, trop délire, trop excellent, comme la plupart des produits culturels venus de Belgique et qui semblent profiter actuellement (mais pour combien de temps encore?) d'une sorte d'exotisme un peu débile... Remis à sa place, et évalué par un Bruxellois qui connaît Deano depuis ses débuts, l'album "Le fils du commissaire" est pour tout dire un peu décevant. Ici aussi il faudrait nuancer. Premièrement, la déception n'est pas seulement dûe aux prétentions commerciales du bonhomme. Au contraire, à la limite, ses deux singles qui font un carton en France ("Les Blancs ne savent pas danser" et "Le fils du commissaire") sont de bons morceaux bien calibrés, frais et extrêmement efficaces. Ne fait pas un hit qui veut, et force est de constater que Deano a trouvé une chouette recette. Non, on a simplement l'impression qu'une bonne partie du reste de l'album a été un peu baclée. Lyricalement, les thèmes sont extrêmement redondants: Deano passe les trois quarts de son album à nous dire que pour être heureux dans la vie, il faut se bouger le cul, faire du sport et ne pas dormir toute la journée. Un morceau aurait ici suffit pour communiquer ce message moral d'ailleurs un peu simpliste, pas la peine d'en faire tout un fromage à longueur de morceaux ("Arrête de fuir", "Chercheur d'énergie", "Sans exception"). La teneur lyricale globalement faible de l'album est d'autant plus décevante quand on voit que certains morceaux sont excellents sur ce point ("Ma vie de célibataire", "Drogué dur...", le fils du commissaire"), mais surtout quand on connaît les anciens tracks plus underground de Deano comme par exemple son maxi "Branleur de service" et sa collaboration sur "Je l'espérais tant" d'OPAK, dans lequel il livrait un petit joyau de couplet, un flow parfait et une émotion pure. Sur son album perso, outre ces quelques morceaux cités à l'instant, le flow et la narration n'y sont pas. On constate par exemple que la plupart des morceaux sont très courts: des sortes de débuts d'idée, des brouiilons... deux couplets deux refrains et merci au revoir! Pire, après les quelques morceaux du centre de l'album, les meilleurs (de "11 septembre" à "Drogué dur..." disons), l'album pique du nez grave avec un "Koh Lanta" pas drôle pour un balle, une ode aux femmes un peu naze, re-humour raté avec "Les gens so nt stressés", un "Tu t'es vu quand t'abuses" insupportable. Puis ça vire carrément à la mégalomanie spirituelle avec "Trop loin de la vérité" (avec des couplets encore plaisants) et "Le son du cosmos". James Deano use et abuse des contrastes clown potache /poète moraliste en étant jamais très bon dans un registre ou dans l'autre. A noter que l'album se cloture sur un "battle" pas terrible dont on se serait bien passés, Deano en premier dans la mesure où il se fait plus ou moins torché par AKRO et que, au vu de cette fin d'album en chute libre, il n'en avait pas vraiment besoin. Autre point négatif, l'utilisation à outrance et plutôt agançante de choeurs féminins qui donne un côté mièvre à des morceaux par ailleurs potables. Quand les choeurs sont masculins - c'est-à-dire signés Deano j'imagine, ce n'est pas beaucoup mieux. Cette tentative de sonner mélodique et émotionnel sur les refrains est plutôt ratée à mon avis (sauf sur "11 septembre" où la voix de Mag Tyson fonctionne bien). Dernier point négatif, le beat making d'ORFEO qui, sur l'ensemble de l'album, n'est pas dingue. Trop de guitares sèches un peu faciles, guitares sèches qui se gammèlent dans des batteries pauvres, des claviers synthétiques et des scratches plastifiés - souvent - du moins bon effet. On retiendra quand même niveau beat la fin syncopée de "Chercheur d'énergie" et le théme émouvant de "Sans exception" (un morceau d'ailleurs recyclé de la mixtape belge Exceptions à la règle). On pourra apprécier la ligne de gratte vivifiante de "Ma vie de célibataire" et surtout les ambiances dark et les touches feutrées de "Drogué dur à la drogue douce", où on retrouve un Deano sombre et très en forme. Mais, malheureusement, c'est à peu prêt tout. Et c'est dommage, parce que le MC est attachant. On a là affaire à un bon gars avec normalement un gros potentiel en termes de flow et de song-writing. Reste à voir ce qu'il en fera par la suite: sombrer un peu plus dans les contradictions de sa démarche, multiplier les apparitions télé chez des demeurés comme "Cauet", ou se mettre au boulot et travailler ses textes.

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